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Interview réalisée le 21 avril 2012 à Bruxelles.

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C'est la première fois que vous prenez autant de temps pour sortir un album puisque 4 ans séparent The Way Of All Flesh et L'Enfant Sauvage. Évidemment, il s'est passé énormément de choses durant ces quatre années. Comment les résumeriez-vous ?
Mario Duplantier : J'aurais envie de dire que The Way Of All Flesh est l'un des premiers albums qui a vraiment permis à Gojira d'avoir un statut international. Nous sommes passés dans une autre dimension, c'est à dire que From Mars To Sirius et les albums d'avant faisaient de nous un groupe national, français. C'est grâce à From Mars To Sirius que nous avons passé les frontières mais si tu veux, The Way Of All Flesh nous a permis de couvrir de nombreux territoires. Nous avons fait tous les Etats-Unis, nous avons fait la Scandinavie, nous avons joué un petit peu partout. Quand tu dois couvrir autant de territoires, ça prend un peu de temps. Quand nous étions un groupe national, nous faisions une tournée française, nous allions composer et nous sortions un nouvel album. Mais là, nous avons fait une tournée mondiale, ce qui prend plus de temps. Nous avions aussi envie de prendre un peu plus de temps pour composer parce que nous savons très bien que la richesse du groupe vient surtout des morceaux. Nous voulions le soutien des gens qui écoutent du Gojira et qu'ils se disent que nous leur avons livré de bons morceaux et la meilleure façon d'écrire de bons morceaux, c'est de prendre son temps. Nous avons pris huit mois pour composer cet album.

Qu'est-ce qui t'a le plus marqué pendant cette période ?
Ce qui est bizarre, c'est qu'au niveau interne du projet, nous avons eu de gros remaniements. Nous avons changé de manager, nous avons changé de maison de disque. Le souvenir que j'ai, c'est de me sentir un peu perdu dans tout ça et le besoin de se ressaisir entre nous afin de bien comprendre comme ça se passait, les rouages du business et du coup, se recentrer vers nous-mêmes pour faire des compos puissantes, honnêtes. Finalement, c'est un mal pour un bien. Nous étions dans une période où nous étions un peu perdus, il fallait se recentrer pour faire un album puissant.

Un DVD retraçant les coulisses de la tournée de The Way Of All Flesh était prévu. C'est toujours d'actualité ?
Oui. Le DVD sera bientôt annoncé et il va sortir en juin un peu au même moment que l'album. Ça n'est pas sur la même maison de disque, c'est avec Mascot Records. Roadrunner et Mascot ont un commun accord, les deux produits ne sortent pas sur la même maison de disque. Mascot sort un DVD qui retrace la tournée The Way Of All Flesh donc ça allait, Roadrunner était ok avec ça. Il y aura deux live en entier sur ce DVD, deux concerts donc. C'est un double DVD avec le documentaire qui dure une heure. C'est un best-of de patchwork où l'on présente trois années de Gojira sur la route. C'est un documentaire un peu classique, un peu cosy. C'est une bonne synthèse de tout ce qu'on a pu filmer avec plein de qualités différentes. Parfois c'est filmé avec des petites caméras, des appareils photo... Il y a pas mal de plans « fait maison ». C'est un documentaire qui a été fait par Anne, moi et Joe. Nous avons bossé tous les trois là-dessus, et ça, ce sera aussi en bonus sur le DVD.

Vous avez commencé l'écriture du disque en 2010. Avez-vous écrit pendant que vous étiez en tournée ?
Quand nous sommes sur la route, nous sommes tellement concentrés sur les concerts et nous avons tellement peu d'espace que nous ne fonctionnons pas souvent comme ça. Tu vois, je ne peux pas avoir de batterie dans un tour bus. Pour composer, nous aimons bien être au calme, avoir du temps devant nous, avoir une batterie pour que nous puissions jammer. Jammer, c'est super important et le faire sur la banquette d'un tour bus, ce n'est pas forcément évident. Il y a aussi un autre facteur, c'est que le jour d'un concert, nous essayons de nous libérer un peu l'esprit, simplement pour garder de l'inspiration le soir. Après ça dépend, il y a des périodes où nous avons enregistré des idées en chantant des mélodies sur nos i-phones ou ce genre de choses. Mais je dirais que nous avons vraiment commencé le processus de composition fin 2010, vers décembre. Nous avons pris notre temps, tous les jours dans le local de répètes.

Joe, s'est installé à New York il y a plus d'un an. Est-ce que cela rend les choses un peu plus compliquées, logistiquement parlant pour Gojira ?
Oui, il s'y est installé un court instant. Mais ça ne rend pas forcément les choses plus compliquées. Nous avons la chance maintenant d'avoir une sorte de statut international où quand nous faisons une tournée, nous partons sur la route pendant deux mois. Là, ça ne vaut pas le coup de rentrer chez nous. Nous le faisions avant, quand nous faisions une date le samedi puis une autre le samedi d'après, comme tu fais au début. Là, ça aurait été impossible. Quand Gojira part sur la route, nous partons pour de longs mois et avant ça, nous avons les périodes de répétitions. Joe tu vois, là il est à New York pour quelques temps mais il va venir 15 jours avant la tournée pour répéter intensivement. Ensuite, nous serons deux mois ensemble sur la route. Nous avons un fonctionnement qui, quand tu n'as pas tourné intensivement avec un groupe, est assez dur à comprendre. 

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Vous avez composé cet album alors que vous n'aviez plus de management, pas de label… Les craintes de certains observateurs disant que Roadrunner allait vous changer sont donc infondées (il sourit)… Vous êtes-vous sentis plus libre ou du moins libérés de toute pression ou aviez-vous encore plus le sentiment que vous aviez des choses à prouver ?
C'était comme je te dis, un mélange de peur et d'un sentiment de liberté profond. Tu peux te dire : « tout peut arriver, c'est génial ! ». C'est vraiment un mix entre ces deux sortes de choses. C'est quand même agréable d'avoir le soutien d'une maison de disque, de savoir que l'album va vraiment sortir. C'est quand même intéressant d'avoir une organisation structurée, c'est moins effrayant. En même temps, effectivement, il n'y avait pas d'influences extérieures, pas d'influences de maison de disque ou autres... Nous étions seuls dans notre univers, ce qui fait que cette situation a amené quelque chose d'assez authentique. Ceci dit, je tiens à rassurer les fans par rapport à la signature avec Roadrunner, je suis comme eux… J'ai eu un peu peur. Même quand j'ai vu les gens péter un plomb : « putain, ils vont changer leur musique ». J'avais un peu le même sentiment qu'eux. Finalement, il faut savoir que Roadrunner ne fonctionne pas comme ça, mais alors pas du tout ! Les mecs s'intéressaient à nos compos, ils nous ont demandé d'envoyer des démos mais ça reste globalement de gros fans de Metal. Ils ont énormément de respect pour Gojira parce qu'on est un groupe qui existe depuis 16 ans. Ils savent que nous n'en sommes pas à notre premier album. Ils nous n'ont vraiment pas du tout fait chier ! Cet album s'appelle L'Enfant Sauvage, un titre en français, par définition c'est un peu anti-commercial. Ils n'ont rien dit. La pochette, elle est jaune, ça n'est pas très Metal, ils nous ont dit « allez-y ! ». Donc pas d'inquiétude. C'est plutôt les groupes qui, à force de tourner, perdent leur inspiration, ça n'est pas vraiment les maisons de disque qui transforment les groupes. Ce sont les groupes eux-mêmes qui se transforment.

Vous avez signé chez Roadrunner Records, ce qui représente une étape énorme pour le groupe. Quand vous avez reçu une proposition de leur part, y avez-vous réfléchi à deux fois ?
Nous y avons réfléchi même à 14 ou 20 fois. Carrément, car ce sont des contrats importants pour des longues périodes, c'est très important mais nous savions à ce moment-là qu'ils nous soutiendraient. Il faut dire que Roadrunner, quand nous jouions aux États-Unis (dans les plus grandes villes) et alors que nous étions chez Listenable Records, il y avait toujours des gens de Roadrunner qui étaient là. Ils venaient souvent nous voir et connaissaient tous nos albums par cœur.  Il y a plein d'autres labels qui ne sont jamais venus nous voir, sûrement que notre musique ne les intéressait pas. Roadrunner, c'était des mecs qui aimaient notre musique, ils la comprenaient, ils comprenaient les structures, ils aimaient les paroles, ils aimaient l'ambiance... Donc avant de signer avec Roadrunner, ça faisait déjà quelques années que nous étions amis avec eux. Ça n'est pas négligeable de bosser avec un label qui aime la musique. C'est la base de toute chose.

Avant de parler de votre nouvel, un mot rapide sur le EP Sea Shepherd dont la sortie a été retardée suite à un crash de votre disque dur. Quand verra-t-il finalement le jour ?
Nous n'avons pas de dates précises. Je te dirais que dans le groupe, il n'y en a aucun d'entre nous qui est un geek (rires). Nous avons des ordinateurs mais... Nous avons eu des problèmes techniques qui peuvent paraître un peu basiques. Si nous étions des mecs plus vifs avec un ordinateur, peut-être que nous n'aurions pas eu ces problèmes-là. C'est un projet qui nous tient à cœur mais qui a été annoncé de manière un peu sauvage. Même nous, nous avons été surpris. Ça a été annoncé trop vite alors que même nous, nous ne voulions pas donner d'infos mais elle a été balancée et nous nous sommes retrouvés un peu piégés par cette annonce. Mais les morceaux sont là... Il manque encore un ou deux invités mais dès que nous aurons le temps (nous avons très peu de temps en ce moment), ce sera bouclé.

Pourtant il y a un morceau qui a filtré sur internet (ndlr : « Of Blood And Salt »).
Oui, en effet il y en a un mais ça, c'est nous qui l'avons mis sur internet.

Comment avez-vous réuni tous les guests apparaissant sur cet EP ?
La plupart du temps, ce sont des gens que nous avons croisés sur la route, avec qui nous avons des affinités et de qui nous nous sentons proches. Nous avons eu des discussions avec eux, il y a une forme d'amitié même s'il y a plusieurs formes d'amitiés (amitiés profondes...). Là, on les connaît, nous les respectons en tant qu'artistes et nous leur avons simplement demandé si la démarche et le projet les intéressaient, si cela avait une valeur pour eux. Composer de la musique et la vente de ces morceaux pour une organisation comme Sea Shepherd ça demande quelque chose et tous les mecs qui ont dit oui, ce sont des gens qui respectent Gojira mais aussi notre démarche.

Maintenant, vous êtes bien établis sur la scène internationale. Ce titre, L'Enfant Sauvage, était-ce un moyen de rappeler vos racines françaises ? Ou bien est-ce que ça sonnait mieux que « Wild Child » qui aurait un peu trop fait référence à W.A.S.P. ? (rires)
Oui voilà, « Wild Child », ça aurait fait un peu cliché alors que L'Enfant Sauvage, c'est plus mystique, plus mystérieux. Après, il y a plusieurs interprétations. C'est vrai que, peut-être, inconsciemment nous sommes allés rappeler nos racines à tout le monde. Peut-être, c'est une interprétation. « Ne vous inquiétez pas les gars, on connaît nos racines, on sait d'où on vient ». Mais il n'y a pas que ça. Profondément, c'est exactement ce que nous sommes en train de faire et nous n'avons pas peur de ce que les gens vont dire de mal. L'Enfant Sauvage, c'était quelque chose qui correspondait parfaitement à l'univers du groupe à ce moment-là.

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Est-ce un terme qui selon vous décrit l'essence de ce qu'est Gojira ?
Oui, un petit peu quand même ! Dans le sens où comme l'explique souvent Joe, L'Enfant Sauvage, il ne faut pas le voir comme « on est des sales gosses ». Ça s'apparenterait à l'enfant qui a grandi dans les bois et loin de la société. Il y a une forme d'innocence dans le fait que l'être humain au-delà de l'éducation et de la société se demande : « qui on est ? Qu'est-ce qui se passe ? Quel est notre monde ? ». C'est une réflexion autour de la condition humaine et de notre rapport à la société. Tout est un petit peu lié. Je pense même que notre signature avec Roadrunner nous a posé des questions sur notre identité sociale, où nous voulons aller avec notre musique, avec ce projet, ce que nous voulons faire, d'où nous venons et quelles sont nos racines... Il y a plein de questionnement autour de tout cela. Nous nous remettons en question en permanence.

La bio qui accompagne l'album dit que la liberté implique des responsabilités et que l'album tourne autour de cela. S'agit-il d'un concept album ?
Pas vraiment. Avec un concept album, tu penses le début, tu penses la fin. Il faut que tout soit cohérent. Je pense que pour cet album, Joe qui écrit tous les textes, s'est simplement laissé aller. Il partait à ce moment là d'une photographie du groupe en 2011. Ce n'est pas vraiment un concept album mais c'est plus une idée intérieure. Dans les paroles de Joe, il y a toujours un besoin de mettre sur papier ce qu'il ressent à ce moment-là. Les concepts, c'est un peu cloisonné. Quand on se dit : « on va faire un concept album », ça ferme un peu les choses, ça cadre un peu trop. Je pense que Joe a cette nécessité d'écrire comme il peut le faire, comme il en a envie. Donc L'Enfant Sauvage n'est pas un concept album.

Cet album me paraît beaucoup plus direct et efficace que The Way Of All Flesh dans sa structure même si évidemment, on ne peut pas en assimiler tous les détails en une seule écoute. Comment vous êtes-vous retrouvés avec ces pistes plus courtes, plus directes ? Était-ce un choix ou est-ce quelque chose qui est arrivé naturellement ?C'est naturel, c'est bizarre... Nous ne sommes pas des intellos (il sourit). Je me sens plutôt primitif (rires). Quand je suis derrière ma batterie, je me rends compte que les journalistes canalisent un peu notre musique. Nous sommes surpris par les analyses que font les gens de notre musique. J'en apprends sur nous en lisant la presse, nous n'avons pas le recul... Quand nous nous mettons à composer, nous n'intellectualisons pas du tout notre musique mais il y a des trucs qui sortent. J'avais dit aux autres que ça aurait été bien si nous pouvions faire des morceaux plus courts, des trucs de 3 minutes ! Alors qu'au final, nous nous retrouvions avec des morceaux de 8 minutes. Nous n'arrivons pas à contrôler, nous ne maîtrisons rien. C'est un truc qui passe par nous, l'inspiration du moment fait le reste.

Puisqu'on en parle. Tu es de nature plutôt calme en dehors de scène mais quand tu es sur les planches tu pètes littéralement un câble (il se marre). Est-ce que vous avez l'impression d'être des personnes différentes sur et en dehors de la scène ?
Je dirais que nous avons une responsabilité sociale donc nous sommes obligés de nous contenir, d'avoir un abri social. C'est vrai par contre que quand je suis sur scène, il y a un truc que je ne maîtrise pas trop. C'est à dire que je me surprends à faire des choses des fois... De la colère, de l'animosité, des fois de la joie, de l'excitation. Je ne sais pas... Je pense que nous ne sommes pas les mêmes... C'est génial d'être là devant les gens, ils sont là pour se défouler, pour headbanguer. Voilà, c'est du défoulement, de l'hystérie aussi.

Sur l'instrumental « The Wild Healer » on retrouve le tapping caractéristique que vous utilisez sur « Global Warming » ou « Oroborus » notamment. Diriez-vous que ce genre de son est la marque de fabrique de Gojira ?
Si tu le dis, oui. Mais ouais ! Nous adorons les tappings, ça crée une émotion très particulière que nous adorons. Il y a un truc de magique que l'on ne peut pas avoir avec des choses linéaires. Nous créons donc une espèce de complexité émotionnelle. Nous en faisons très souvent (il montre Joe qui vient de nous rejoindre), dans le local des fois il se met à faire un tapping et à chaque fois, je lui dis : « putain ! Il nous le faut dans l'album ». Dès qu'il fait un tapping, j'adore. Dès que nous pouvons en amener dans les compos, nous le faisons. Donc si tu dis que c'est une marque de fabrique, c'est vrai parce qu'il y en a des tappings dans Gojira. Mais encore une fois, on ne se dit pas : « on va faire un tapping ! ».
Joe Duplantier : C'est vrai que nous n'analysons pas ou alors nous analysons mais après coup. Ce que l'on en ressort, c'est souvent en interview car nous répondons à plein de questions et ça nous surprend souvent : « ah oui tiens... ». Mais pour les tappings, des fois on se dit que nous en faisons souvent et que nous devrions y aller molo. J'en ai encore pas mal en réserve. J'ai vu un groupe une fois à New York, ils faisaient tout en tapping. Ils faisaient tout en son clair et tapping, c'est un groupe de Metal. Il y avait beaucoup de tappings hyper émotionnels.

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L'artwork de L'Enfant Sauvage rappelle le style du clip de « All The Tears ». Est-ce que la pochette et le clip ont été réalisés par le même artiste ?
En fait, c'est moi qui aie fait la pochette. J'aime beaucoup dessiner, peindre, Mario aussi. Nous sommes tous les deux très manuels, nous sommes tout le temps dans l'art, en train de produire. Quand j'écris les paroles bien souvent, je fais des croquis en même temps. Parfois, il y a même des paroles qui peuvent se baser sur un dessin, un dessin peut donc m'inspirer pour une chanson entière. Là, nous avons essayé de travailler avec quelqu'un d'autre pour la pochette parce que nous étions vraiment super occupés par l'album. Ça n'a pas trop marché, ça n'allait pas donc j'ai fini par le faire encore avec l'aide de Mario. Nous avons trouvé le concept et il a lui-même participé à faire quelques dessins que j'ai repris et après, c'est moi qui l'aie faite la pochette. (Mario est informé, à sa surprise, qu'il doit nous quitter pour aller assurer une autre interview, par téléphone. Votre serviteur reste donc seul avec Joe pour finir l'entretien)

La pochette met en scène un arbre qui dessine les traits d'un enfant. On peut y voir une ville en arrière-plan. Qu'est-ce que cela représente pour vous ?
L'idée que l'on peut dégager, c'est une idée qui est toujours la même depuis les débuts du groupe, ça n'a pas bougé d'un poil, c'est la nature humaine en fait. Quelle est notre vraie nature ? Comment être le plus possible en contact avec notre vraie nature ? C'est juste du bon sens en fait. Plus on est en contact avec soi-même, plus on est en accord avec soi-même, plus on se sent bien. Finalement, l'obsession du groupe, c'est le bien-être. La toile de fond de l'album, c'est une ville qui au niveau graphique m'a vachement été inspirée par Metropolis, un film des années 20 de Fritz Lang, qui est de toute beauté. Et en premier plan, c'est l'humain. La nature profonde de l'humain est symbolisée par un arbre donc ça peut paraître cliché dit comme ça, mais c'est quelque chose d'extrêmement sincère. La raison pour laquelle la vielle est en toile de fond, c'est parce que la réflexion de cet album c'est : la nature peut-elle être toujours vivante et vivace dans l'environnement humain qu'on a créé et qui nous dépasse ?! La société nous écrase mais au final, c'est nous qui l'avons créée. Il y a une réflexion autour de tout ça.

Il y a encore quelques années, tu confiais à la presse que tu avais offert des albums du groupe aux membres de Slipknot en espérant que cela déclenche quelque chose. Après ça, vous avez tourné en Espagne et vous avez joué au Download. Ce furent deux éléments déclencheurs pour votre carrière à l'étranger. Depuis, vous avez fait le tour du monde avec certains des plus gros groupes de Metal de la planète. Quel regard portes-tu sur tout cela ?
Je porte un regard plein de joie. C'est vraiment quelque chose de joyeux que nous avons fait, plein de rebondissements, comme la journée d'aujourd'hui (rires) (ndlr : Joe fait allusion au départ prématuré de Mario lors de l'interview, au changement du lieu prévu à la base, ainsi qu'aux divers retards). C'est plein de super rencontres, des rencontres très riches. Ça n'est pas juste des opportunités de carrière ou pour aller vers la gloire. Concrètement, ce sont des super moments de qualité, comme la rencontre avec Metallica, c'est impressionnant. C'est un rêve de gamin, un vrai rêve, super fort et super présent. C'est un rêve qui devient réalité, c'est un truc très bizarre. C'est quelque chose que beaucoup de gens connaissent, quand un rêve se réalise. Ça nous fait bizarre de nous dire que nous avons eu ce rêve là et que maintenant, c'est autre chose qui va arriver. C'est un truc essentiellement très joyeux.

Est-ce que c'était aussi bien en réalité que dans tes rêves ?
C'est complètement différent parce qu’un rêve, c'est un peu du fantasme. Au final, c'est toujours mieux en vrai. C'est vrai que parfois, on est déçu. On peut se dire : « dans mon rêve, c'était autre chose » quand par exemple tu es en tournée avec tel ou tel groupe et que ce groupe est complètement débile ou irrespectueux. Ce n'est pas du tout le cas des gens que nous avons rencontrés. Parfois, nous avons rencontré des gens que nous n'espérions pas rencontrer parce que nous ne les connaissions pas, comme Lamb Of God. Nous avons une complicité avec ces gars-là qui est géniale. Ils ont un univers musical qui est un peu différent du nôtre mais nous partageons des choses et des valeurs en commun. Le chanteur, Randy, c'est une espèce d'énergumène complètement décontrôlé, désarticulé mais hyper attachant et hyper humain, très généreux. Ça, ce sont des mecs qui ont la classe ! Les mecs de Metallica, c'est pareil. Ils ont la classe ultime. Lors de la première date avec eux, ils sont venus nous voir dans la loge tous les quatre (pas en même temps mais l'un après l'autre). Ils connaissaient déjà nos prénoms, ils étaient attentifs, ils nous regardaient droit dans les yeux et nous posaient des questions. Nous, nous n'arrivions pas à articuler deux mots. Maintenant quand nous les voyons, on se tape dans le dos, on rigole, il y a une bonne ambiance. Il y a un vrai truc qui se passe et qui est génial.

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De tous les groupes avec lesquels vous avez tournés, tous s'accordent à dire que vous êtes géniaux, aussi bien musicalement qu’humainement.
Je pense qu’en général, quand les groupes se rencontrent, il y a un truc qui fonctionne d’emblée. Nous avons une réalité en commun, même avec Metallica finalement puisque nous avons une routine qui est une réalité sur la route... Enfin, ce n'est pas une routine mais c'est une réalité sur la route et par exemple, en studio, nous devons donner le meilleur de nous-mêmes. C'est difficile de sortir de chez soi et de faire quelque chose de très pro, de très carré et d'impressionnant. Ça demande un travail énorme. Tous les groupes connaissent ça, tous ceux qui sortent des albums. Après ce qui est encore plus difficile, c'est la vie en tournée. C'est quelque chose que nous ne mettons pas en avant sur scène, nous n'allons pas commencer à nous lamenter et à dire : « on est loin de la famille... ». Nous sommes là pour faire rêver les gens, pour les choquer, les bousculer, les impressionner ou leur faire du bien. Ça demande une énergie phénoménale, ainsi que de mettre de côté les soucis. Quand on se retrouve entre groupes, il y a des choses que l'on peut échanger et ce, avec personne d'autre. Uniquement avec des gens qui connaissent ça. Il y a, a priori, un truc vachement sympa qui se passe quand deux groupes se rencontrent, une fraternité... C'est un truc génial, surtout quand on tourne avec Machine Head ou avec des groupes que nous adorions quand nous étions gamins. D'un coup, on se retrouve sur un pied d'égalité et ça fait quelque chose, vraiment. Nous sommes tellement contents... Nous sommes un groupe français, nous venons de la campagne, un petit village... Tout le monde nous prédisait un avenir catastrophique, tu vois. Ils se disaient : « ouais les mecs, ils y croient à fond mais ils viennent de Bayonne, ils n'iront nulle part ». Là regarde, nous faisons une tournée promotionnelle dans toute l'Europe pendant dix jours... Ça marche tu vois ! Ça a marché ! Ça arrive et c'est génial. Cet enthousiasme-là, quand nous rencontrons des groupes fait que ça se passe bien.

Vous allez vous produire à Werchter et au Graspop mais est-ce que vous allez revenir pour une tournée en salle par la suite ?
Bien sûr, nous avons besoin de ça. C'est un passage obligé pour un groupe de Metal ou de Rock en général, jouer en club. C'est un truc, on n'y coupe pas. Nous avons envie de ça, nous adorons faire les festivals, nous rencontrons plein de groupes, ça nous permet de présenter notre musique à des gens qui ne nous connaissent pas. Un concert dans un club, il n'y a rien qui pourra remplacer ça. C'est le top. C'est un cadre idéal avec des gens super attentifs qui sont venus pour voir le groupe. C'est un truc unique. Donc oui, nous allons tourner dans des clubs et la Belgique sera au programme.

En tant que fan de Morbid Angel, as-tu eu l'occasion de poser une oreille sur leur dernier album très controversé ?
Je l'ai écouté, très vite fait. J'ai été un petit peu choqué : « wow, qu'est-ce qu'ils nous font là ? » (rires). Après, j'ai eu des échos super positifs de gens qui adorent Morbid Angel aussi. Il faut que je le réécoute, je ne sais pas trop. Ce n'est plus le Morbid Angel de la grande époque qui était complètement magistral. Il faut dire qu'il n'y a plus Pete Sandoval à la batterie non plus. Il faut que je réécoute, Trey Azagthoth est quand même un sacré génie donc je pense qu'il doit y avoir quelque chose là-dedans. 

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Cet article est dédié à la mémoire de Dirk van den Auweele (1968 – 2016), qui m’avait permis de faire cette interview.