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The Age Of Nero est sorti il y un an, qu'en penses-tu aujourd'hui ? En es-tu toujours satisfait ?
Frost : Beaucoup, oui. Je pense que c'est l'album le plus fort de Satyricon à ce jour. C'est un album qui résume tout ce que Satyricon a fait. Il a les qualités épiques qu'on pouvait retrouver sur les autres albums mais avec une manière de composer plus traditionnelle et avec le groove de nos derniers efforts. C'est du Satyricon moderne. Mais il y a quelque chose qu'il n'y a pas sur les autres albums, ça va plus loin. Ça fait de The Age Of Nero, l'album ultime jusqu'à présent. Je pense que c'est la fin d'une ère qui a débuté avec Volcano et qui est donc conclue sur The Age Of Nero. Avec cet album nous avons réussi tout ce que nous voulions faire quand nous avons commencé à composer les chansons de Volcano. Il est temps d’aller de l’avant et de faire autre chose. 

Nero veut dire « noir » en italien, c'est également le nom d'un empereur de la Rome antique. Qu'avez-vous voulu illustrer avec ce titre. Est-ce le reflet de la société actuelle ?
Ça pourrait mais c'est beaucoup plus que ça. Il est nécessaire d'expliquer certaines choses. Nous n'avons pas vraiment essayé de trouver un titre qui refléterait le contenu de l'album. C'est plus une chose qui est venue d'elle-même à Satyr. A un certain moment quand toute la musique et les paroles sont écrites, que tout est plus ou moins fini, Satyr expérimente plusieurs choses au niveau du titre. Principalement des choses dont il a rêvé. C'est la conscience. A la base quand nous avions plus ou moins tout terminé, il était plutôt évident de savoir comment allait être l'album, de voir les ambiances qu'il aurait. Il a eu cette expérience qui était comme un texte écrit pour des funérailles qui disait « The Age Of Nero ». C'était très convaincant. Pour moi il n'y avait aucun doute, nous tenions le titre. C'est un titre caractéristique, presque arrogant, court et concentré. Il contient de nombreuses références. Comme tu le disais « nero » veut dire « noir » et c'est quelque chose de fondamental. Il est également important qu’il s’agisse d’une référence à l'Empereur Néron, la chute de Rome, la chute d'un Empire. Ça pourrait être la chute de l'existence humaine. Notre monde prend un chemin sombre et chaotique, ça ne fait aucun doute. Beaucoup de ces sensations sont reflétées sur l'album. C'est l'une des références de nero ici. Bien sûr, il y a aussi le fait que The Age Of Nero puisse signifier une époque sombre. C'est plein de sens. Et puis, il y a ce livre intitulé Satyricon, à propos de Rome et de l'Empereur Néron, tu peux y voir une référence au groupe lui-même. C'est très compliqué mais tout se rejoint d'une certaine manière. Ça fait partie de la beauté de ce titre. On peut y retrouver les sensations qu'évoquent l'album, c'est quelque chose de très important pour le groupe, son histoire mais pour le futur également. 

Des titres comme « The Wolfpack » ou « Commando » démontrent un côté martial. Était-ce, ce que vous recherchiez pendant le processus de composition ?
Oui, vraiment. Ces chansons sont venues naturellement. Pour moi, « The Wolfpack » est une chanson traditionnelle mais haut de gamme. Elle a un très bon groove, c'est très sombre. C'est une chanson pleine d'énergie conductrice. J'ai exactement la même sensation lorsque j'écoute ce titre que lorsque j'écoute certains de nos plus vieux titres. C'est un titre à la charge vraiment très sombre, noire, terrifiante. C'est une excellente chanson de Black Metal. La retombée de cette chanson est parfaite. « Commando » est l'une des dernières chansons que nous avons écrites. L'album avait besoin de quelque chose d'un peu plus enjoué, quelque chose qui n'était pas minimaliste et pas si direct. Pendant les répétitions, j'ai commencé à jouer des beats moins conventionnels, à un certain moment, Satyr m'a dit : "je veux t'entendre jouer un peu ce que tu es en train de faire là". J'ai donc joué ce beat et ses variations, nous avons voulu faire quelque chose à partir de ça. Et ceci est devenu la partie finale de « Commando ». Nous avions l'idée de faire quelque chose en particulier, nous avons travaillé là-dessus et nous y sommes parvenus. La plupart des chansons de l'album ont été créées de différentes manières. Il y a eu plus de « va et vient » cette fois. Donc « The Wolfpack » et « Commando » sont deux exemples de différentes façons d'écrire et créer des chansons. 

« My Skin Is Cold » est d'abord sortie sur un EP. Pourquoi avoir mis une version différente de la chanson sur l'album ?
Quand nous l'avons enregistré pour le EP, nous pensions que la chanson était plus ou moins finie. Les fondations de « My Skin Is Cold » viennent d'une idée tout à fait particulière. Satyr a eu une expérience plutôt bizarre une fois. Nous étions en République tchèque, nous avions fait un concert là-bas et Satyr pouvait entendre la chanson alors qu'il était en train de rêver, un rêve très particulier, sombre et oppressant. Il pouvait se souvenir avoir entendu cette chanson une fois qu'il était réveillé, il n'arrêtait pas d'essayer de se rappeler ce qu'il avait entendu dans son rêve et ça a été très difficile. Il y avait des parties harmoniques et plein de sortes d'instruments à la fois, et c'était impossible pour lui de retourner dans sa tête, de ressasser ses souvenirs et distinguer un seul instrument. Donc à partir de ce moment, ça a été très difficile de travailler là-dessus. Alors qu'il était en Norvège en train de travailler sur l'album, il a eu une nouvelle fois un rêve horrible et il a écrit les paroles alors qu'il était dans un état inconscient. Il les a retrouvés le lendemain matin, il avait l'impression que du sang parcourait les murs, que tout était noir, que son sang se glaçait. Ces paroles écrites dans un état inconscient contenaient « My Skin Is Cold ». Donc à un certain moment, nous avions l'impression que l'objectif initial était rempli et que c'était l'une des premières chansons de l'album qui était sur le point d'être prête. Nous avons donc voulu l'enregistrer pour sortir un EP et c’est ce que nous avons fait. Quand nous l'avons enregistré, nous avons aussi senti que nous n'étions pas satisfaits à 100%. Comme s’il manquait quelque chose. Une fois que l'EP est sorti, c’est devenu de plus en plus évident. Satyr a ressenti le besoin de travailler encore plus sur ce titre. Il fallait que les guitares contribuent plus au morceau et nous y avons ajouté des effets analogues au clavier. La chanson est devenue bien plus sombre (rires) ! A partir de là, nous avons également opérer quelques changements et la chanson est devenue plus sombre et elle avait même un sens mystérieux qui n'était pas vraiment là avant que nous fassions cette version numéro 2. Nous avons donc enregistré cette deuxième version car elle était bien meilleure, on pouvait y voir la progression. Elle s'insère mieux dans l'album.

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Qui sont les cibles de la chanson "Die By My Hand" ?
Les cibles ? (rires) Hé bien, ça n'est pas vraiment quelqu'un ou quelque chose en particulier. Je pense que tout le monde qui écoute la chanson aura sa propre interprétation des paroles et y trouvera une signification. Ce qui est bien important je pense, c'est le feeling de la chanson. C'est peut-être ma chanson préférée sur l'album. Ça change assez souvent mais celle-ci est ma préférée depuis un moment. Le contraste entre les deux premiers vers de la chanson et le dernier est très fort. La chanson devient tout à coup extrêmement agressive. Pour moi cela s'approche vraiment de l'essence du Black Metal, créativement parlant, du début des années 90. Les cordes en harmoniques et cette sensation, si froide et si sombre, de par ce fait, on pourrait la rapprocher à des chansons des plus vieux albums. Nous avons bien capturé cet esprit, et développer ces deux sensations en une seule chanson, a créé une magie pure pour moi. 

Dans une récente interview, Satyr a annoncé qu'il y aurait des changements dans le groupe. Sais-tu à quoi il faisait allusion ?
Ce que nous savons, c'est que pour que Satyricon continue à tourner, à s'améliorer, nous ressentons le besoin d'apporter du sang neuf. Comment nous allons faire les choses, nous verrons ça plus tard. Tout deviendra évident quand nous nous mettrons à travailler. Nous devons d'abord en finir avec la période The Age Of Nero et la tournée à venir. Quand nous nous sentirons prêts à entrer en studio pour enregistrer le prochain album, je pense que nous en saurons plus au sujet de tout ça. Mais c'est vrai, nous en sommes arrivés à un point où il faut faire quelque chose. C'est plus important pour nous que pour quiconque si ces changements arrivent. Mais vous le saurez évidemment quand ça arrivera (sourire téléphonique). 

Après la tournée vous allez prendre une pause, Satyr a brièvement commenté cela en disant « nous apprécions toujours ce que nous faisons » comme si cela pouvait ne plus être le cas si vous tiriez trop sur la corde... Vous avez donc vraiment besoin de ce break...
Oui, nous en avons besoin. Nous sommes très dévoués à ce que nous faisons. Donner un concert avec Satyricon, ça n'est jamais de la routine. Quand nous montons sur scène, nous donnons tout ce que nous avons dans le ventre. Ça demande beaucoup d'énergie et c'est parfois difficile, physiquement et mentalement. Nous avons tourné bien plus que nous ne l'avons jamais fait, de façon bien plus intense. Ça demande beaucoup de choses et à un certain moment tu as l'impression qu'il est impossible de récupérer. Quand tu te demandes s’il faut continuer ou pas, tu entres en conflit avec toi-même. Et tu ne peux pas ! Tu perds de ta concentration et tu en arrives au point de te dire : « c'est bon ». Nous en sommes arrivés à ce point-là. Nous allons faire cette tournée, et elle sera bonne, nous avons encore la motivation. Ce qui est bien, c'est que nous avons tellement tourné que nous sommes parfaitement rodés. Il faut travailler encore et encore. Mais là, nous sommes devenus un groupe live meilleur que jamais. Le fait que nous savons que nous allons pouvoir nous reposer après cette tournée rend les choses plus faciles. Nous allons donner tout ce que nous avons parce que nous savons qu'après nous allons pouvoir revenir au calme. C'est parfois très demandant physiquement et aussi pour la santé mentale (rires). 

Vous revenez d'une tournée aux US. Les Etats-Unis n'ont jamais été un grand pays Black Metal mais vous semblez avoir du succès là-bas. Comment l'expliques-tu ?
Je suppose que les choses sont un peu en train de changer aux États-Unis. La scène se développe, je ne sais pas... Ce que je sais, c'est que les Américains ont une approche différente de la musique par rapport aux Européens. Quand des Américains viennent à un show de Black Metal, ils n'analysent pas ce que tu fais, ils n'ont pas la même pensée critique que les Européens. Beaucoup des fans de Metal qui viennent nous voir aux USA ne savent pas vraiment d'où vient Satyricon. Ils se moquent de savoir quel style de musique nous pratiquons et ils ne connaissent pas la réputation que nous pouvons avoir en Europe. Ils pensent peut-être que nous sommes un nouveau groupe. Pour eux, ce qui importe c'est que nous bottions des culs en live. Ils viennent donc là sans besoin de catégoriser les choses. Ils veulent sentir l'énergie, l'ambiance, la force du groupe. D'une certaine manière, j'aime beaucoup cette façon d'apprécier la musique, particulièrement en live. C'est un moyen de l'apprécier davantage, il est plus facile d'y prendre part, d'être enthousiaste. Les Européens ont plus la sensation que le groupe a quelque chose à montrer, quelque chose à défendre. Nous devons convaincre le public quelque part. Il est donc possible que les choses s'améliorent aux États-Unis. Tu dois juste botter des culs en live et ne pas trop te concentrer sur ce que les gens connaissent du groupe. C'est pour cela que nous sommes un très bon groupe live aux USA. Tôt ou tard, les gens viendront à ton concert parce qu'ils aiment l'aura de ta musique en conditions live et ils n'ont pas vraiment besoin d'en savoir plus sur le Black Metal, sur Satyricon ou sur notre provenance. C'est l'une des raisons pour laquelle je pense que ça marche pour nous là-bas. Mais nous avons bien sûr encore un long chemin à parcourir.

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Est-ce que les chansons de The Age Of Nero ont été bien reçues aux États-Unis ?
Très bien je pense. C'est valable pour n'importe quel endroit où nous allons, les chansons de cet album semblent particulièrement bien reçues en live. L'album était sorti depuis 2 jours aux États-Unis quand nous avons commencé la première tournée pour l'album là-bas et les gens ont commencé à chanter, à reprendre les refrains comme s’ils avaient écouté ces chansons depuis 10 ans. Il n’y avait pas de différence avec les vieilles chansons, comme si les nouvelles étaient déjà des classiques. C'était donc un très bon accueil, très chaleureux. Le public a montré de l'enthousiasme à l'égard de cet album. Ça a été la même chose en Europe ou même en Australie ou au Japon. Partout où nous allons, The Age Of Nero marche très bien. On va pouvoir vérifier ça à nouveau sur cette prochaine tournée européenne. Ces chansons vont apporter leur cota d'énergie et de magie. Et c'est super ! 

Vous postez de nombreuses vidéos sur votre site web. On peut en voir une où Phil Anselmo félicite le groupe. Il a l'air bien bourré d'ailleurs ! Dans cette vidéo il dit que tu es un batteur sous-estimé et que Satyricon en général, est un groupe sous-estimé. Vois-tu les choses de cette façon ?
A la fois oui et non. Nous sommes très privilégiés de pouvoir faire ce que nous faisons, de pouvoir défendre nos chansons, de nous dévouer à la musique. C'est ma passion, ma vie, mon travail aussi. Ça n'est pas tout le monde qui a la chance de pouvoir réaliser ses rêves et consacrer son temps à quelque chose qu'il aime chaque jour, à sa passion, son hobby. Mais d'une certaine manière, au vu de la constance qu'a Satyricon, je pense que Satyricon a été très longtemps sous-estimé. Comme si des gens n'avaient pas compris de quoi il en retournait. Ils n'ont pas compris la vraie valeur du groupe, l'essentiel. Beaucoup de groupes doivent ressentir cela. Que ce soit les « clients » des artistes qui jugent le groupe mésestimé, ça n'est pas si intéressant. D'une façon ou d'une autre, le plus important ça n'est pas que les gens te reconnaissent toi ou ton travail. Au final, c'est la qualité du travail qui importe. Tu peux être sous-estimé de pleins de façons différentes. Ce que je vis soir après soir lorsque nous jouons live est quelque chose que des gens n'ont jamais fait de leur vie. Ça efface tout le reste pour moi. Alors bien sûr, au vu du contenu, nous ne recevons pas toute l'attention que nous pourrions avoir. Ce que nous faisons est unique, et je pense, à un niveau dont les gens n'ont pas encore pris conscience. Mais encore une fois, est-ce vraiment important ? On peut dire que de nombreuses personnes ont réalisé de quoi nous sommes capables. Je suis heureux de ce que nous faisons et de ce que les gens nous attribuent. Nous avons tout de même déjà accompli beaucoup. Nous recevons d'excellentes réponses tous les soirs ou pour les chroniques d'albums. Donc je suis très content de là où nous en sommes et de ce que nous avons fait. Nous allons faire tout ce que nous pouvons pour aller encore plus loin. 

En parlant de Phil Anselmo, que retiens-tu de votre tournée avec Pantera en 2000 ?
Je me souviens très bien de toute cette tournée. C'était une grande expérience pour Satyricon. Nous avons dû apprendre comment fonctionner à différents niveaux. C'était quelque chose de très intéressant. Tous les groupes qui veulent aller plus loin, qui veulent s'établir, c'est possible en se dévouant à la musique. Nous jouions devant des gens qui ne seraient pas venus voir l'un de nos concerts normalement. Alors tu te demandes comment tu vas pouvoir conquérir un nouveau public si c'est toujours les mêmes fans qui viennent. A un moment tu dois faire connaître ton groupe à plus de gens. C'était donc une opportunité parfaite pour Satyricon de pouvoir présenter sa musique à des gens qui n'ont jamais entendu parler du groupe auparavant et qui, en nous voyant, allaient peut-être nous apprécier. A ces concerts, il y avait principalement des gens assez jeunes qui écoutaient Slayer, Pantera, ce genre de groupes. Ils étaient sûrement prêts à écouter quelque chose de plus dur, de plus extrême et de différent. Nous nous sommes dits : "ils vont devoir découvrir Satyricon" et quelle meilleure façon que le faire en live, c’est parfait. Phil Anselmo était (et est toujours) un ami, c'est lui qui a voulu nous prendre en tournée et nous lui en sommes très reconnaissants. Je pense que nous avons gagné beaucoup de nouveaux fans et nous y avons dégotté des contacts très utiles dans l'industrie du disque. Nous avons tellement de moments mémorables avec Phil Anselmo, c'est un gars très poli, un grand fan et son humour est absolument unique ! 

Cette interview a pour but de promouvoir la prochaine tournée, The Finale In Black. C'est une tournée à 100% Black Metal mais tous les groupes sont différents les uns des autres. C'était votre but de mettre sur pied une telle affiche ?
Oui. Nous avons commencé à travailler sur cette idée au début de l'été. Satyr et moi avions établi une liste de groupes que nous voulions amener en tournée. Par-dessus tout, nous voulions obtenir un package particulièrement costaud. De quoi faire une tournée cool. Mais il a été dur de trouver des groupes qui étaient disponibles, des groupes qui voulaient tourner à ce moment-là. Il fallait aussi prendre en considération si les groupes avaient des albums à promouvoir. Au final, nous en sommes arrivés à une très bonne guestlist, cela devrait être un énorme bonus. C'est une tournée où il y a plus qu'un groupe. C'est bien plus que ça.