Il y a un peu moins d’un an, Fabio Lione annonçait son départ d’Angra et le groupe officialisait l’arrivée d’Alirio Netto pour le remplacer. Un choix logique quand on sait que le chanteur connu pour sa participation à Queen Extravaganza (le cover band officiel de Queen) gravite dans l’entourage du combo depuis des années et surtout, qu’il a remplacé avec brio Andre Matos dans Shaman suite à son décès.
Le management du groupe (qui fait décidément bien son travail) décide de battre le fer tant qu’il est chaud et annonce un gros concert au Brésil, sorte de passe d’armes entre Fabio et Alirio, où Kiko Loureiro (guitare), Edu Falaschi (chant) et Aquiles Priester (batterie) seront également de la partie pour jouer Rebirth (2001) dans son intégralité.
La France aura aussi droit à son évènement en grandes pompes avec un show spécial Holy Land qui aura lieu à l’Olympia de Paris. Autre intérêt de cette soirée, la présence exceptionnelle de Kiko. Un pari osé et ambitieux, puisqu’ Angra s’est un peu fait oublier sur le vieux continent ces dernières années mais jouable, quand on connaît la popularité dont jouissaient les Brésiliens en France dans les années 90.
Angra, ce jeune groupe "arrivé du Brésil" comme le disait le tellement regretté Andre Matos, a forgé l'identité de nombreux jeunes metalleux à l’époque en rallumant la flamme et en sublimant un style de Metal un peu oublié à ce moment-là. Holy Land est toujours considéré comme un album culte et cher dans le cœur de nombreuses personnes qui ont connu des prestations légendaires à la Locomotive, à l’Aquaboulevard, au Bataclan ou encore au Zénith. De plus, l’idée de rendre un hommage à André Matos et la promesse de quelques surprises a fini par convaincre les fidèles, quand le prix des places (80 euros en fosse) a pu en rebuter certains.
Peut-être même plus que certains, puisqu’Olivier Garnier (ancien patron du label NTS et attaché de presse historique d’Angra en France) se voulait assez alarmiste et désabusé quant aux nombres de préventes vendues. La salle sera finalement bien remplie mais combien d’invitations ont été données ?
On nous avait donc promis de l'émotion en ravivant les souvenirs d'un groupe et d'un album qui ont marqué leur génération et ce fut le cas ! A en voir tous les tee-shirts vintages qui traînaient dans la salle, certains fans attendaient sûrement cela depuis longtemps.
Dès l'intro "Unfinished Allegro", la salle comprend bien ce qui l'attend et le groupe déboule avec deux classiques "Carry On" et "Lisbon" repris à gorge déployée par un public souriant et aux yeux brillants. Vous savez, comme si on revoyait un ami qu'on n'avait plus depuis plusieurs décennies... Le son est assez fort, les lumières n’éclairent pas forcément bien le visage des musiciens, notamment celui d’Alirio Netto caché dans son chapeau. Les images sur les écrans semblent avoir rebuté certaines personnes mais cela n’empêche pas le public de se faire entendre. Les refrains résonnent littéralement dans l’enceinte de l’Olympia et on se dit que le groupe doit être heureux de l’accueil qui lui est réservé.
Malheureusement, le duo « Tide Of Changes » fait légèrement retomber le soufflé et prouve que la période Andre Matos reste la principale raison de la venue du public ce soir. Alors, nous comprenons aisément que le groupe ait envie de couvrir toutes les époques de sa carrière et sans remettre en cause la qualité de ces compos, n’aurait-il pas été plus judicieux de dépoussiérer un vieux classique au vu du contexte ?
Nous ne boudons pas notre plaisir pour autant et pour la première fois de la soirée, Alirio Netto vient s’installer derrière son imposant et magnifique piano. Il dédie la reprise de Kate Bush, « Wuthering Heights », à Andre Matos. Le public, qui n’attendait que cela, scande immédiatement le nom de son idole disparue. Un hommage bref, sobre qui sera le seul de la soirée. Pas une image sur les écrans (alors qu’au Brésil, l’intro de « Silence And Distance » était jouée par Andre sur l’écran géant), pas un autre mot ou une référence. Cela paraît vraiment léger par rapport à ce qui était vendu lors de la promotion de l’évènement. En tant que fan, cela laisse un goût amer et de la déception. Sauf si l’hommage se limitait à jouer Holy Land dans son intégralité…
C’est d’ailleurs ensuite "Crossing" qui retentit dans les enceintes de l’Olympia annonçant le gros morceau de la soirée : le chef d'œuvre Holy Land.
La salle explose en même temps que le groupe envoie "Nothing To Say", avec un Alirio Netto en très grande forme et à l’aise avec toutes les périodes du groupe. Le retour dans la machine à remonter le temps est prêt. Tout y est ou presque, le retour de Kiko Loureiro, le piano à queue, les percussions brésiliennes... Et nous voici replongés dans la Terre Sainte, dans un album où la musique se voulait pure, délicate, fragile, porteuse d'espoir (comme avec le fabuleux « Silence And Distance ») mais aussi puissante, aventureuse, créative, virtuose (comme sur ce « Z.I.T.O. » qui voit le pit exploser et Kiko Loureiro nous livrer un solo absolument dantesque). Un album qui pousse à l'introspection comme à la découverte du monde extérieur, à des années-lumière de toutes les daubes insipides qu'on veut nous faire avaler de nos jours. À tel point qu'on viendrait à se questionner sur son succès s'il sortait aujourd'hui.
Mais ici, tous les fans sont acquis à la cause de ce magnifique album et profitent du voyage qui semble défiler en un clin d’œil. On notera tout même que Marcelo Barbosa est resté aux vestiaires et que le groupe n’assure pas cette partie du concert à trois guitares. Un peu dommage… Le morceau de bravoure est évidemment « Carolina IV », précédé par une jam avec des percussions brésiliennes comme à la grande époque mais aussi coupée vers la fin pour faire chanter le public (pourquoi ne pas l’avoir fait directement sur le morceau comme dans la version Holy Live ?). Un moment absolument épique quoi qu’il en soit, de par la richesse et la variété de ce morceau, mais aussi de par les passes d’armes entre Kiko Loureiro et Rafael Bittencourt, qui en jette son chapeau pour pouvoir headbanguer avec son camarade de toujours ! Felipe Andreoli n’est pas en reste non plus et s’illustre avec un super solo de basse en tapping.
Le titre éponyme vient refermer la première partie du set avec maestria et devant un public qui a le sourire jusqu’aux oreilles, bien trop heureux de ce retour dans le passé. Mais si musicalement, il n’y a pas grand-chose à redire, ce n’est pas forcément le cas de la manière dont a été géré cette prestation. Choisir de faire l’entracte au milieu de l’album est une décision particulièrement discutable et a forcément cassé l’ambiance. Pourquoi ne pas faire le premier set avec l’album entier et conclure avec un deuxième set best-of ?
Après 15/20 minutes d’attente, le concert reprend avec « The Shaman » et le public parisien se remet tout doucement dans l’ambiance. Cette deuxième partie nous réservera quelques grands moments également, notamment avec « Z.I.T.O. » dont nous avons déjà parlé mais aussi avec « Deep Blue » (quel solo incroyable de Loureiro) ou encore le morceau acoustique « Lullaby For Lucifer » magnifiquement interprété par Kiko et Rafa (au chant pour l’occasion) et dédié à Olivier Garnier pour tout ce qu’il a fait pour Angra en France.
La seule surprise non annoncée de la soirée sera finalement un petit extrait de « S.O.S. d’un terrien en détresse » (Starmania), chanté en français par Alirio (qui a d’ailleurs fait l’effort de parler dans la langue de Molière toute la soirée, comme le faisait Andre) avant « Rebirth » qui jouit encore d’une grosse côte de popularité auprès des fans. La rupture de stock du vinyle de l’album, comme de tout le reste du merch, en 30 minutes chrono en est d’ailleurs la preuve.
La soirée se termine sur un « Nova Era » repris en chœur par le public avec un Alirio déchaîné, venu chanter en tête à tête avec le premier rang. Mais encore une fois, la fête laisse un léger goût amer puisque Kiko Loureiro regarde la fin du concert depuis le bord de la scène et ne vient pas rejoindre ses camarades dans ce qui aurait dû être une liesse totale. D’ailleurs, n’aurait-il pas été plus judicieux, au niveau du message que cela envoie, de commencer la soirée avec « Nova Era » et de finir avec « Carry On » ? Quelques choix regrettables donc, notamment quand on voit ce que Helloween a réussi à faire avec son line-up XXL depuis dix ans, et qui posent quelques questions...
Le groupe n’a-t-il pas profité de la nostalgie des fans pour présenter et lancer son nouveau line-up en grandes pompes plutôt de que de rendre un hommage sincère à un album, une époque et un chanteur qui représentent tant pour beaucoup de gens ?
On est en droit de se le demander. Donc même si plusieurs choses donnent matière à réflexion, tant sur le fond que sur la forme, nous mentirions si nous disions que nous n’avons pas passé une superbe soirée… Les mines ravies et les voix éraillées à la sortie de la salle en sont la preuve.
Set 1 : Unfinished Allegro Carry On Lisbon Tide of Changes - Part I Tide of Changes - Part II Angels and Demons Wuthering Heights (Kate Bush) Crossing Nothing to Say (avec Kiko Loureiro) Silence and Distance (avec Kiko Loureiro) Carolina IV (avec Kiko Loureiro) Holy Land (avec Kiko Loureiro)
Set 2 : The Shaman (avec Kiko Loureiro) Make Believe (avec Kiko Loureiro) Z.I.T.O. (avec Kiko Loureiro) Deep Blue (avec Kiko Loureiro) Lullaby for Lucifer (avec Kiko Loureiro) Waiting Silence Rebirth (avec un extrait de « S.O.S d’un terrien en détresse ») Rappel : In Excelsis Nova Era