Malgré un fanatisme envers Edguy, il a fallu attendre 2025 pour que je me mette vraiment à Avantasia, The Metal Opera Pt. 1 et A Paranormal Evening with the Moonflower Society ayant été ma porte d'entrée. Mais au beau milieu de cette découverte, le nouvel album du combo allemand est sorti. Je me suis laissé tenter par ce que nous propose le bon Tobias.

Je vais casser le suspense tout de suite : Here Be Dragons est un très bon disque et il m’a complètement comblé. L’album respecte ses promesses en essayant de nouvelles choses, tout en gardant l’esprit du groupe. Avantasia garde son identité musicale et sa recette. C’était finalement assez attendu : après un tel changement de label, difficile d’imaginer le groupe prendre le risque de décevoir sa nouvelle écurie.

L’opening "Creepshow", sorti en single, remplit parfaitement son rôle. Le refrain se retient bien et le morceau ne tombe pas non plus dans la facilité. On est sur une entrée d’album efficace. Je pense d’ailleurs que le fait que l’album ne suive pas uniquement cette dynamique aide ce morceau à ne pas devenir rébarbatif. Ce titre se veut assez léger et rappelle naturellement certains morceaux d’Edguy, ce qui explique aussi pourquoi je l’apprécie particulièrement.

S’ensuit ensuite pour moi LA pièce maîtresse de l’album : "Here Be Dragons". Des recherches mélodiques loin d’être évidentes, une progression dans la musique où l’on passe de l’élégance à des moments plus heavy, en passant également par une partie épique où Tobias Sammet nous fait profiter de ses capacités vocales.

On est clairement dans un morceau plus progressif, et cela fonctionne très bien. Sammet présente lui-même ce titre sur scène comme étant la musique la plus progressive qu’Avantasia ait jamais écrite. On retrouve Geoff Tate (Queensrÿche), qui apporte sa couleur vocale au morceau, même s’il reste assez discret sur l’ensemble du titre.

On enchaîne avec le traditionnel morceau avec Michael Kiske, "The Moorlands at Twilight". Si on peut faire le parallèle avec les Enfoirés, Kiske c’est Jean-Jacques Goldman. Jean-Jacques Kiske.

Ça marche à tous les coups pour ma part, car on parle ici de deux de mes chanteurs préférés. Kiske intervient souvent sur les morceaux les plus rapides, avec des refrains qui te rentrent directement en tête. C’est exactement le cas ici. Le morceau est efficace et, avec "Against the Wind", "Unleash the Kraken" et "Phantasmagoria", ils forment un superbe quatuor de speed metal mélodique qui fait clairement mon bonheur sur cet album.

Ce trio — "Creepshow", "Here Be Dragons" et "The Moorlands at Twilight" — est déjà une belle introduction à l’album. On passe d’un hard rock FM à un morceau plus progressif, puis à du speed mélodique. Niveau variété, on est déjà servi. Je pense que si vous voulez vous faire une idée de l’album, ces trois premières pistes feront clairement l’affaire.

Comme toujours avec Avantasia, la force du projet vient également de son incroyable casting vocal. Chaque morceau possède une identité particulière grâce aux différents chanteurs et chanteuses invités. Adrienne Cowan et Chiara Tricarico occupent notamment une très belle place dans l’album. On les entend parfaitement sur les refrains et elles apportent de la puissance ainsi qu’une vraie variété dans les timbres. J’avoue avoir un faible pour la production de cet album. Les refrains fonctionnent particulièrement bien grâce à ces ajouts vocaux et chaque voix trouve parfaitement sa place.

On avance ensuite avec "The Witch", morceau avec Tommy Karevik, chanteur de Kamelot. Le titre semble bien fonctionner auprès du public et représente un choix logique puisqu’il s’agit du deuxième single de l’album. Pour ma part, c’est probablement le morceau qui me sort le plus de l’album, avec un refrain un peu trop proche du happy metal Disney à mon goût. Cela dit, Tommy Karevik apporte beaucoup d’élégance avec sa voix, tandis que Tobias Sammet adopte un timbre plus agressif. Le contraste fonctionne plutôt bien et apporte finalement quelque chose d’intéressant au morceau.

On enchaîne ensuite avec "Phantasmagoria" accompagné de Ronnie Atkins, chanteur de Pretty Maids. Je connais assez peu le personnage. Je connais surtout le morceau "Back to Back" de Pretty Maids, qui est l’un des morceaux de heavy que je préfère, toute époque confondue.

Ronnie Atkins est un excellent chanteur. Il avait notamment réalisé une superbe prestation sur les lives de "The Book of Shallows" en reprenant parfaitement les parties vocales d’Hansi Kürsch. Prestation de patron, mais je m'égare. Le morceau fonctionne très bien grâce à sa présence, même si je lui préfère plusieurs autres titres de l’album.

Tobias Sammet se réserve également un véritable brûlot de power metal avec "Unleash the Kraken". Ça chante haut, ça joue vite, et ça fait plaisir de voir le frontman d’Avantasia se lâcher complètement.

Les tempos accélèrent également sur "Against the Wind" en compagnie de Kenny Leckremo, chanteur de H.E.A.T..
Alors qu’il évolue habituellement dans un registre plus hard rock, il donne ici tout ce qu’il faut pour porter un gros morceau de power metal.

L’album trouve ensuite quelques respirations avec le "Magnumesque" "Bring on the Night" accompagné par Bob Catley, et "Everybody’s Here Until the End" avec Roy Khan. J’ai une petite préférence pour "Bring on the Night", mais les deux chanteurs apportent chacun leur personnalité et donnent une vraie diversité à un album déjà très riche.

"Avalon" est le seul morceau avec une chanteuse invitée. On peut ici profiter pleinement des capacités vocales d’Adrienne Cowan, véritable couteau suisse vocal. Voix grave ? Elle peut. Monter très haut ? Elle peut. Chanter en solo ? Elle peut aussi. Et elle peut même proposer des parties plus extrêmes, comme elle l’a montré sur les prestations live de "The Book of Shallows" (j'y reviens) issu de l’album Moonglow. C’est un morceau qui me plaît beaucoup et qui apporte une dimension similaire à "Farewell" sur le premier album du groupe.

Bon je pense que vous avez compris que cet album m'a vraiment remué. En revanche, il va quand même falloir clarifier certaines chose.

Tobias, s’il te plaît : arrête de répondre à tes détracteurs dans tes chansons. SÉRIEUSEMENT.
  • "See the talk insistently, You don't get a word while you pretend" (Here Be Dragons)
  • "And if you don't like what I do, Then it's not made for you" (Against the Wind)

Ca me sort de l'album à chaque fois, frisson de gêne garanti...

L’autre problème que j’ai avec cet album, c’est que je ne peux pas m’empêcher de penser à Edguy.
Tobias en parle d’ailleurs dans quasiment toutes les interviews que j’ai pu lire : le groupe n’est pas officiellement terminé, mais il était trop occupé, fatigué, proche du burnout...

Je comprends totalement que la question revienne, mais après dix ans d’attente autour d’un éventuel retour d’Edguy, le sujet finit parfois par prendre beaucoup trop de place.

Enfin, je pourrais être tatillon en disant que la prise de risque opérée par Avantasia n’a pas été aussi importante que le titre pouvait le laisser espérer. Personnellement, cela ne m’a pas dérangé. Pour quelqu’un qui découvre le groupe, je trouve même rassurant de constater que leur dixième album est encore d’une telle qualité.

Here Be Dragons, au-delà d’être l’un de mes coups de cœur de 2025, m’a donné envie de découvrir de nouveaux artistes comme Seven Spires avec Adrienne Cowan, Queensrÿche avec Geoff Tate, Conception, H.E.A.T., Magnum, et même de retourner écouter mon vieux Kamelot que je délaisse beaucoup trop souvent.

-Oui Roy Khan, je le fais pour toi.

Comme Tobias Sammet, je suis allé explorer de nouvelles contrées musicales, le tout motivé par un album d’excellente qualité.

Je ne trouve aucun morceau réellement faible dans cet album. Même celui que j’apprécie le moins, "The Witch", semble recevoir un très bon accueil, donc franchement : chapeau.

-Chapeau comme l’énorme truc que porte Tobias d’ailleurs.

J’aurais aimé voir davantage d’expérimentations progressives. Le fait que l’album ne s’inscrive pas dans un concept n’est pas gênant pour moi, mais cela a peut-être pu dérouter certains fans du groupe.

Ce que j’aime particulièrement dans cet album, c’est sa diversité, qui en fait un disque équilibré et agréable à écouter.

Je me demande maintenant ce que sera le prochain album d’Avantasia. Est-ce que Here Be Dragons annonce une nouvelle direction musicale ? Est-ce que les prochains albums vont poursuivre ces tentatives d’évolution du son d’Avantasia ? Ou s’agissait-il simplement d’une parenthèse ?

Dans tous les cas, je resterai attentif aux prochaines sorties. En attendant, j’ai encore beaucoup d’albums du groupe à rattraper.