Sorti le 21 octobre 1991 (mais uniquement en décembre en France), le tout premier opus de Cathedral, groupe de Coventry, sort à un moment particulier dans l’histoire du métal.

1991, ce n' est ni plus ni moins qu’une année iconique dans le monde du métal !

Et,pourtant, alors que la brutalité et la rapidité s'imposent (c’est l’âge d’or du trash et du death), Cathedral,pour son tout premier album, choisit de prendre le chemin inverse. 

Lee Dorian et Gary Jennings,les deux fondateurs du groupe, qui enregistrent cet album pendant l’été 1991, ont pourtant un passé dans la musique qui les auraient poussé à produire une musique beaucoup plus violente.

Et c’est tout particulièrement le cas de Lee Dorian!

Lee Dorian n’était ni plus ni moins que l’ancien chanteur iconique de Napalm Death,qu’il quittera en 1989, à l’époque de ses débuts, à un moment où le groupe jouait encore du grindcore !

Toutefois, tout juste un an après son départ de Napalm Death, il réalise avec son binôme Gary Jennings une première démo “In Memorium” (qu'on retrouve dans la compilation In Memoriam où les morceaux de cette première démo sont associés à des morceaux live).

Et là, à l’écoute de cette première démo, c’est le choc ! Une musique lente, oppressante, lourde! Le son de Cathedral est né ! Si la musique ne sera plus à ce niveau de lenteur (notamment la batterie) par la suite, le son profondément doom de Cathedral, même s’il évoluera sensiblement,ne changera plus vraiment, surtout dans le tout premier album !

On est en 1990 et l’histoire d’un des groupes légendaires du doom metal est lancée. C’est cette première démo qui fera de Cathedral un groupe connu dans l’underground.

Avant son premier album, Cathedral réalise une deuxième démo qui convaincra Earache de les signer. Si la deuxième démo n’est plus accessible désormais au commun des mortels, c’est parce qu’un certain nombre de ses morceaux forment l’ossature du premier album.

Et “Forest of equilibrium” dans tout çà !

C’est un diamant brut,un diamant d’une noirceur envoûtante, un diamant qui, malgré ses défauts évidents de premier album, vous entraîne dans des abîmes de malaise.

On l’a vu avec les deux démo qui précèdent l'album et on ne peut pas comprendre cet album sans ces démo.Cathedral a déjà un son distinctif,une marque que l’on retrouvera jusqu'à la fin en 2013 .

Toutefois, cet album est en partie différent de ce que l’on retrouvera par la suite dans la discographie de Cathedral.

Plus brut,plus violent !

Pas de compromis dans cette forme de doom !

Mis à part la flûte et la guitare acoustique au tout début de la première chanson et de la dernière proposant une atmosphère champêtre, rien n’arrête cette vague de boue oppressante .

D’ailleurs,un doute surgit ! Est ce que la production est de mauvaise qualité ou est ce que cette production est à ce niveau pour augmenter le malaise ?

On le voit tout particulièrement avec la voix de Lee Dorian. Pour ceux qui connaissent ce chanteur,sa voix est particulière ! 
Mais ,dans “Forest of equilibrium”, cette voix semble lointaine comme si le chanteur était en train de se noyer.

Tout est lent dans cet album ! L’introduction,la toute première chanson du tout premier album dure plus de onze minutes ! 

Cathedral, ça se déguste lentement ! On s’imprègne de l’atmosphère ! On entre tout en douceur dans l’univers oppressant de Cathedral. 

Rien ,dans cet album, n'est fait à la légère,y compris l’agencement des titres.

Sur sept titres, dans une symétrie parfaite, trois titres longs  s'opposent à trois autres titres longs et seul un titre court ,”Soul Sacrifice”,départage au milieu ces deux parties.

D’ailleurs,”Soul Sacrifice”,est un écho des futurs albums du groupe. Le titre prend le contre pied des autres titres. Quelle énergie ! Rien à voir avec l’ambiance triste et dépressive du reste de l’album! La musique accélère même vers la fin de ce titre très court qui se termine sur un solo de Gary Jennings. Le phrasé lui-même  de Lee Dorian est joyeux!


 Un titre à écouter en priorité si vous n'avez pas le temps ou si vous écoutez pour la première fois Cathedral ! Quand on est pas préparé au déferlement doomesque de ce premier album,cela peut nous éloigner définitivement de Cathedral ce qui serait une erreur sans nul doute ! 

J’oserais y ajouter ,dans mes conseils d’écoute aussi ,“A Funeral Request”,le titre le plus accessible et jouissif des titres longs. On y découvre tout particulièrement le génie musical de Gary Jennings.

Oui, cet album n'est ni plus ni moins que la traduction musicale d’une personne qui 
s’extirpe par carthasis d’une douleur profonde,une personne où, intérieurement, s'affrontent des sentiments opposés. 

D’ailleurs,la pochette de l’album,dont l’artiste est Dave Patchett ,celui qui fera pratiquement toutes les pochettes des albums de Cathedral, est une transposition artistique du thème de l’album. L'œuvre est en deux parties. Sur la pochette, on ne découvre que la partie sombre de l’oeuvre qui s’oppose à une partie lumineuse qu'on ne peut voir qu’en acquérant une version physique de l’album. 

Une œuvre à découvrir tant les détails sont nombreux comme saura le faire si bien Dave Patchett par la suite sur les autres oeuvres qui serviront pour les autres pochettes des autres albums.

Dans le monde du doom, cet album est tellement important que la compilation que consacrera à Cathedral quelques années plus tard les acteurs de la scène doom française comme Ataraxie sera en grande partie composé de chansons issues de cet album ! Une compilation,Doom or be Doomed, à découvrir sur le bandcamp de Sleeping Church records ,au moins pour comprendre ce que représente Cathedral et notamment son premier album.

Un album iconique pour un groupe iconique du doom ,certes un peu difficile d’accès pour le néophyte mais incontournable pour qui désire prendre les chemins de traverse de ce monde oppressant qui sonde au plus profond de l'âme humaine.