Les années 90... Les albums de plus d'une heure, le retournement de veste de Metallica, la fusion, le néo-metal, le groove metal, Faith No More... On a eu un sacré bordel en très peu de temps.

Une chose est sûre : ce bouleversement a forcé de nombreux groupes à repenser leur musique, pour le meilleur comme pour le pire. Certains l'ont même tellement repensée qu'ils ont fini par se séparer. Iron Maiden perd son chanteur iconique Bruce Dickinson, Accept n'est plus que l'ombre de lui-même sans Udo Dirkschneider, et Rob Halford apprend qu'il s'est fait dégager de son propre groupe, Judas Priest.

Du côté de la scène suédoise, les musiciens fans de power, de heavy et de death metal commencent à mélanger un peu tout ça pour donner naissance à toute une scène de death metal mélodique.

Pourquoi je parle de melodeath et de tous ces groupes ? Parce que c'est le contexte dans lequel HammerFall est créé. Un groupe formé par des musiciens qui gravitent autour de Dark Tranquillity, In Flames, mais aussi Crystal Age.

Au départ, ils montent ce groupe pour le fun, comme un hommage à leurs groupes préférés. Mais le succès est tel qu'ils sont rapidement signés pour enregistrer un premier album, puis chez Nuclear Blast. (Bon OK, l'histoire n'est pas aussi simple. Vous découvrirez tout ça dans la vidéo jointe à cette chronique.)

Pour son premier album, HammerFall nous livre un power metal fortement influencé par le heavy, aussi bien dans les thèmes abordés que dans les riffs et l'esthétique. On part en guerre contre des dragons, contre les forces du mal, les guerriers qui combattent à tes côtés tombent, et il faut leur rendre hommage.

HammerFall développe plusieurs grands axes qui vont définir sa musique :

  •  Le chant lyrique et haut perché de Joacim Cans
  •  Les guitares harmonisées à la Accept, avec des lignes mélodiques qui te restent en tête. 
  •  Des refrains scandés par tout le groupe... et par le public. 
  •  Des ballades qui offrent quelques moments d'accalmie dans l'album. 
Des morceaux comme "The Dragon Lies Bleeding", "The Metal Age" et "HammerFall" sont d'excellents morceaux de power metal. Les refrains restent immédiatement en tête, le tempo est élevé, les riffs sont d'une excellente qualité et on sent l'influence de tous les groupes de heavy mentionnés plus haut.

"Child of the Damned" est une reprise de Warlord, et ça, c'est un excellent point pour HammerFall. Le groupe choisit de reprendre des artistes relativement peu connus du grand public, ce qui fait de son univers une véritable porte d'entrée vers d'autres découvertes. La reprise est excellente et représente, pour moi, un des grands moments de l'album.

Un autre hymne de cet album est "Steel Meets Steel", qui détonne un peu du reste puisqu'il s'agit d'un morceau beaucoup plus heavy, dont les paroles parlent des Croisades, avec un thème plus historique.

"Unchained" est également un excellent morceau de power metal, porté par un autre refrain absolument mythique : "Brothers in Arms, we're fighting tonight."

"Stone Cold", de son côté, est un morceau beaucoup plus mid-tempo qui apporte de la diversité à l'album et montre que le groupe ne met pas toujours tous les potards à fond. D'ailleurs, je disais que HammerFall adore faire scander ses refrains par le public en concert : "Stone Cold" et "Steel Meets Steel" sont exactement le genre de morceaux qu'on peut hurler à pleins poumons. Même si, pour moi, le sommet reste "HammerFall", avec son refrain redoutablement efficace.

Enfin, les ballades "I Believe" (coécrite avec Peter Stålfors, futur membre de Dream Evil) et surtout "Glory to the Brave" apportent une respiration bienvenue à l'album. "Glory to the Brave" est un morceau magnifique, très émouvant, qui parle de ceux que l'on a perdus et, à double lecture, des groupes de heavy préférés des membres de HammerFall qui ne sont plus à leur sommet.

Sur ce morceau, on remarque aussi que la voix de Joacim Cans est utilisée comme un véritable instrument. Le groupe n'hésite pas à le laisser tenir des notes très hautes dans les silences. Je pense notamment au "Far Behind" de "Glory to the Brave" ou au "You're welcome to the Metal Age" de "The Metal Age".

"Glory to the Brave" est un pur disque et contribue à lancer une véritable vague de revival du heavy et du power en Allemagne, avant de s'étendre bien au-delà. Nuclear Blast signe d'ailleurs Primal Fear dès l'année suivante, tant le succès de HammerFall les satisfait.

L'album est enregistré au Studio Fredman en seulement seize jours, ce qui lui donne un côté très spontané, avec quelques défauts de production et un line-up encore instable. Pour moi, le principal défaut est qu'on entend Joacim Cans respirer sur les pistes. On l'entend inspirer sur pratiquement tous les morceaux et, une fois qu'on s'en rend compte, c'est difficile de ne plus y faire attention. Sans doute un manque de budget et de temps en studio, mais une chose est sûre : son successeur, "Legacy of Kings", ne souffrira plus de ce problème.

Mais bon... Pour un premier album, sortir des riffs aussi puissants, savoir déjà écrire d'aussi bons morceaux, composer des mélodies aussi marquantes et réussir à créer des chansons qui restent aussi facilement en tête tout en conservant l'esprit du heavy à l'ancienne... Franchement, chapeau.